Lorsqu'une maladie grave frappe, toute l'attention se porte, à juste titre, sur la personne malade. Sur son corps qui lutte. Sur les soins, les traitements, les protocoles…

Mais à côté du lit, dans les couloirs de l'hôpital, derrière les portes refermées, il y a une autre réalité, beaucoup moins visible : celle des aidants. Être aidant, ce n'est pas seulement accompagner. C'est vivre dans un état de vigilance permanente. C'est apprendre à avoir peur du téléphone.

La nuit, un message qui arrive trop tard. Un appel qui réveille en sursaut. Le cœur qui s'emballe avant même de lire ou de répondre. Parce qu'on sait que, dans ces heures-là, les nouvelles sont rarement anodines.

Le matin, c'est la même angoisse. Oser ou non regarder ses messages. Voir s'afficher le nom de l'hôpital. Ne pas savoir si ce sera une phrase rassurante ou une annonce qui fera basculer la journée, voire toute la vie.

Une conscience à vif

Le malade, lui, traverse parfois certaines étapes sans en avoir conscience : la réanimation, la sédation, le coma. Son corps est pris en charge mais son esprit est souvent mis à distance.

L'aidant, au contraire, est pleinement conscient. Il reçoit chaque information de plein fouet. Il comprend la gravité, il anticipe, il imagine le pire. Il accumule des nouvelles qui, mises bout à bout, deviennent des chocs émotionnels répétés, parfois de véritables traumatismes.

Il y a aussi ces visites à l'hôpital.

Entrer, sourire, rassurer.
Tenir la main, parler doucement, faire semblant que tout va bien.
Puis repartir.

Et une fois la porte de l'hôpital franchie, rentrer chez soi. Se retrouver seul. Avec le silence. Avec les images qui tournent en boucle. Avec les questions sans réponse, la peur du lendemain, la culpabilité de ne pas être resté, l'épuisement de devoir encore tenir.

Des chemins pour alléger ce qui pèse

C'est dans ces moments-là que l'aidant mesure la solitude de son rôle. Il existe pourtant des chemins pour alléger ce qui s'est imprimé trop profondément.

Parmi eux, il y a l'EMDR. C'est une thérapie brève encore méconnue de nombreux aidants mais précieuse pour ceux dont l'esprit reste envahi par des scènes d'hôpital, des alarmes, des annonces médicales, des moments figés dans la peur.

L'EMDR permet de retraiter ces souvenirs traumatiques, non pour les effacer, mais pour qu'ils soient digérés, qu'ils cessent de faire irruption sans prévenir, la nuit, le jour, au détour d'un silence ou d'un appel…

Pour que l'aidant puisse respirer à nouveau, penser sans revivre, avancer sans rester prisonnier de ce qu'il a vu, entendu, redouté. Parce que soutenir un proche dans l'épreuve ne devrait pas condamner à porter indéfiniment ses traumatismes.

La charge invisible

Et pourtant, on continue d'attendre de lui qu'il soit fort. Qu'il prenne les bonnes décisions. Qu'il comprenne le langage médical. Qu'il gère l'administratif, la famille, le quotidien… qu'il continue à travailler, à répondre présent, à ne pas flancher.

Cette réalité intime et souvent tue, Vincent Valinducq la raconte avec beaucoup de justesse dans son livre « Je suis devenu le parent de mes parents » aux éditions Stock. C'est un témoignage précieux qui met en lumière ce basculement invisible quand on devient aidant sans y avoir été préparé et sans toujours être soutenu.

Il est urgent de reconnaître pleinement les aidants. Pas seulement par des mots de remerciement mais aussi par une véritable prise de conscience collective.

Reconnaître que leur angoisse est réelle. Que leur fatigue est profonde. Que leur charge émotionnelle est lourde et durable.

Reconnaître, c'est aussi offrir du répit, de l'écoute, un accompagnement psychologique et dire même des droits adaptés.

C'est accepter que l'aidant, lui aussi, puisse avoir besoin d'aide.

Prendre soin des malades est indispensable. Mais prendre soin des aidants est une nécessité vitale.

Parce qu'on ne protège pas un proche sans y laisser une part de soi. Et parce qu'une société qui oublie ses aidants, oublie une part essentielle de son humanité.

Vincent Valinducq : linkedin.com/in/valinducq-vincent-51b28014b

Association EMDR France
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